Entraîner son oreille pour le mixage, c’est apprendre à reconnaître les bandes de fréquences à leur son, afin de pouvoir nommer ce qui ne va pas dans un enregistrement et le corriger. Cela s’apprend par comparaison : écoutez un son avec et sans modification d’une bande, devinez la bande, vérifiez la réponse, et recommencez lors de courtes séances quotidiennes à volume modéré.
En bref
En résumé :
- La compétence, c’est la reconnaissance ; elle vient de comparaisons répétées avec vérification.
- Apprenez d’abord quelques bandes larges, puis ajoutez des bandes et réduisez les écarts.
- Travaillez les atténuations autant que les amplifications.
- Dix minutes par jour valent mieux qu’une heure par semaine.
- Gardez un volume modéré ; une oreille fatiguée entend moins.
Ce qu’est l’entraînement auditif, et pourquoi il fonctionne
Personne ne naît en sachant à quoi ressemble le 250 Hz. Les ingénieurs capables de désigner une fréquence gênante ont simplement entendu cette bande, isolée et nommée, des milliers de fois. L’entraînement auditif condense cette expérience : vous entendez un changement, vous répondez, on vous donne la solution. L’oreille ne s’améliore pas ; c’est le cerveau qui apprend à mieux trier ce qu’elle lui transmet, comme un dégustateur de vin ou un accordeur de piano apprennent à remarquer des différences qui échappent aux autres.
Le résultat utile, c’est un vocabulaire. Des mots comme boomy, boueux, « boîte », nasillard, agressif et aéré appartiennent chacun à une région du spectre. Une fois qu’un mot et une région sont associés dans votre tête, une impression vague (« la voix sonne mal ») devient une consigne (« atténue autour de 500 Hz »). Les régions et leurs usages habituels sont décrits dans Fréquences audio et guide de l’égaliseur 3 bandes.
| Bande | En excès, le son est | En manque, le son est |
|---|---|---|
| 63–125 Hz | Boomy, lourd | Mince, sans poids |
| 250 Hz | Boueux, cotonneux | Creux, froid |
| 500 Hz | « Boîte », cartonné | Creusé, lointain |
| 1 kHz | Nasillard, comme au téléphone | En retrait |
| 2–4 kHz | Agressif, fatigant | Terne, difficile à comprendre |
| 8 kHz | Grésillant, sifflant | Étouffé |
| 16 kHz | Chuintant, cassant | Fermé, sans air |
Une routine quotidienne de 10 minutes
Chaque étape s’appuie sur la précédente. Restez sur une étape jusqu’à ce qu’elle vous paraisse facile.
Étape 1 : Explorez
Ouvrez l’outil d’Entraînement de l’oreille et restez quelques minutes dans Explorer. Amplifiez chaque bande tour à tour sur du bruit rose et dites à voix haute à quoi elle ressemble. Le but : un mot par bande.
Étape 2 : Quiz avec de grands écarts
Faites le quiz au niveau facile : quatre bandes, amplifications de 12 dB. Quand vous obtenez huit sur dix deux fois de suite, montez d’un niveau.
Étape 3 : Ajoutez les atténuations
Passez l’exercice en atténuations, puis en amplifications et atténuations mélangées. Les atténuations sont plus difficiles, et la plupart des vraies corrections en sont.
Étape 4 : Utilisez votre propre musique
Chargez un morceau que vous connaissez bien à la place du bruit rose. La musique a des trous dans son spectre : certaines bandes sont donc plus difficiles à entendre dans certains morceaux ; c’est la situation que vous rencontrez en mixant.
Étape 5 : Mettez en pratique
Prenez un de vos enregistrements, décidez à l’oreille quelle bande vous gêne, et alors seulement ouvrez un égaliseur, comme l’Égaliseur 3 bandes, pour vérifier et corriger.
La méthode du balayage, et ses limites
Une technique classique pour trouver un problème consiste à amplifier d’une dizaine de dB une bande étroite et à la balayer lentement à travers le spectre jusqu’à ce que le son désagréable ressorte, puis à transformer l’amplification en atténuation. Cela fonctionne, et c’est aussi un bon moyen d’entendre comment le caractère d’un son change d’une bande à l’autre. Il y a un piège : avec une amplification étroite de 10 dB, toutes les fréquences sonnent mal, et l’on a vite fait de couper des choses qui n’ont jamais posé problème. Servez-vous du balayage pour confirmer ce que vous soupçonnez déjà, pas pour chercher au hasard ; plus votre oreille progresse, moins vous en avez besoin.
Volume et fatigue auditive
L’oreille s’adapte. Après une séance longue ou forte, elle perd en sensibilité, les aigus semblent s’effacer, et l’on se met à ajouter des aigus et du niveau dont le mix n’a pas besoin. Des séances courtes à volume modéré l’évitent, et elles protègent aussi votre audition : l’institut américain de sécurité au travail, le NIOSH, fixe la limite recommandée d’exposition au bruit à 85 dBA en moyenne sur huit heures, et divise par deux la durée sûre pour chaque tranche de 3 dB supplémentaires.
En pratique : travaillez à un niveau auquel vous pourriez tenir une conversation, faites une pause de quelques minutes toutes les demi-heures, et arrêtez-vous quand les différences commencent à se brouiller. Si vos oreilles sifflent après une séance, c’était trop fort.
Casque ou enceintes ?
Les deux conviennent pour s’entraîner. Le casque retire la pièce de l’équation et rend les petites différences plus faciles à entendre, ce qui aide au début. Les enceintes montrent comment un changement se ressent dans une pièce, mais une pièce non traitée ajoute ses propres bosses et creux, surtout dans le grave. Quel que soit votre choix, utilisez la même chose chaque jour, pour que votre référence reste constante ; mieux vaut du matériel modeste mais familier que du matériel coûteux et nouveau.
Commencez à entraîner votre oreille
Explorez neuf bandes de fréquences, puis testez-vous avec un quiz de dix questions.
Ouvrir l’Entraînement de l’oreilleGratuit, sans inscription, et vos fichiers ne quittent jamais votre appareil.